Regards croisés sur l’éducation n°1 : les poètes nous parlent…


J'écris en Français dans une langue étrangère

 

Je vous parlais récemment de croiser le regard d’Abd al Malik sur l’éducation avec celui d’un autre poète de la rue.

Qui est cet autre poète? : Souleymane Diamanka

J’en suis venue à faire ce rapprochement après avoir visionné la nouvelle émission de France 3 : ligne directe (diffusée le 26 mars 2012).

Cette émission va à la rencontre des Français.  Parcours de la France à bord de trains (d’où le titre de l’émission).

Abd al Malik avait été interviewé par Carole Gaessler à bord d’un train de banlieue. Ils rebondissaient sur la diffusion d’un reportage traitant de l’éducation en France.

Voilà ce que je retiens du discours d’Abd al Malik :
1) Les profs sont de véritables héros à ses yeux.
2) Il n’y a pas de sot métier, il faut arrêter de sacraliser les voies scolaires générales, notamment la voie scientifique. La France a besoin de corps de métiers très variés. Il faut arrêter de renvoyer une image négative des métiers manuels ou des voies technologiques.

=> J’approuve entièrement cette vision de la situation et ne peux m’empêcher m’interroger sur le dénigrement.

Ce type de dénigrement je l’ai vu évoqué par Souleymane Diamanka dans la chanson L’Art Ignare sur l’album L’Hiver Peul

Souleymane Diamanka dit à un moment :
« Je n’ai pas beaucoup fait l’école
Mes profs m’appelaient espèce d’idiot
Si tu les croises
Dis leur que je gagne ma vie à la sueur de mon stylo »

J’apprécie énormément la plume de Souleymane Diamanka et me demande comment  il est possible qu’une personne maniant la langue française avec autant d’agilité et de subtilité « n’ait pas beaucoup fait
l’école ».

=> On peut considérer que Souleymane a pris sa revanche sur la vie. Rappelons à juste titre que le regard porté sur la jeunesse peut être dévastateur. C’est ce qu’il se produit trop souvent à mon goût : le potentiel de millions de jeunes ne sera ainsi jamais révélé et développé. C’est cette jeunesse là qui part à la dérive. Elle n’a pas de cadre, pas de modèles, pas de soutien. Pire : elle est en permanence montrée du doigt, jugée (vive les a priori!) et rabaissée.

En faisant des recherches à l’époque de la sortie de l’album l’Hiver Peul, je suis néanmoins tombée sur une lettre d’un ancien enseignant de Souleymane Diamanka.

Lettre pleine de bienveillance et d’admiration. Je vous laisse seuls juges :

Lettre à Souleymane :

Samedi 28 avril, 14h15, un peu de chaud sur la terre du jardin et le pelage alangui de Tigrou le chat

Mon cher Souleymane, nous venons, ma compagne et moi, d’écouter ton disque. J’ignore si notre flux lacrymal est dopé à l’EPO mais nous avons été émus. C’est une bien belle oeuvre que tu nous offres et, crois-moi, j’ai la dent dure quand il s’agit de critiquer de la poésie. Tu as choisi le seul camp qui vaille à mes yeux, celui de « l’art ignare ». Celui de Paul Eluard plutôt que celui de Paul Valéry, celui de Lorca dont Dali disait qu’il était comme un charbon, une intelligence à l’état brut. Et puis, l’hommage que tu rends à ton père est bouleversant.

Naturellement, je suis aussi ému en tant que maître d’école. J’étais pourtant très inexpérimenté quand je t’ai eu en CE2. Ai-je vraiment prononcé cette phrase où il est question de noeuds que le lecteur doit défaire dans les phrases ? Je ne m’en souviens pas. J’improvisais beaucoup, sans doute ! Et tant mieux si à ma modeste mesure, suivant en cela le chemin de ton père, j’ai pu te tendre la main des mots ! Que tu portais déjà en toi.

Tu évoques dans ton disque le rêve de Martin Luther King. J’en fais un plus petit. Je suis le monsieur poésie de mon école où je « ravitaille la langue » dans trois classes. Si ton emploi du temps le permet, entre deux concerts, une petite visite aux enfants dans l’année scolaire qui vient me ravirait. Affaire à voir. En attendant, je ne vais pas manquer de faire partager tes mots, sous les préaux et ailleurs. Nous en avons plus que jamais besoin, dans ce monde déchiré.

Mille mercis à toi.

Dominique Boudou

Alors qui sont ces enseignants : des héros du quotidien ou de maladroits briseurs de rêves?

=> Mon avis : il ne faut pas voir l’école ou l’Education Nationale comme des obstacles mais bien comme des tremplins.

Cessons de nous plaindre! Arrêtons de voir tout en négatif! Retroussons nos manches et allons de l’avant avec les élections 2012!

Oui les profs sont effectivement des héros!
Il est vrai cependant que le système éducatif français n’est pas idyllique.

A venir donc sur nelissage : ma propre expérience du système éducatif et mes propositions pour l’aider à progresser…

A propos des poètes évoqués dans cet article :

Souleymane Diamanka a officié auprès d’artistes comme les Nubians, John Banzaï ou encore Grand Corps Malade.

John Banzaï et Souleymane Diamanka ont publié ensemble : J’Ecris en Français Dans une Langue Etrangère

Abd al Malik est un écrivain, poète, slammeur, rappeur…

Retrouvez ici la chanson diffusée dans l’émission ligne directe du 26 mars 2012   »C’est du lourd » :

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